Antoine Gay
Pédagogie et morale dans l’œuvre en prose d’Alphonse de Lamartine, sous la direction d'Aurélie Foglia.
Lamartine reste dans l’imaginaire collectif, y compris chez un public lettré, l’incarnation même du poète dans ce que cette figure peut avoir de plus figé et désuet. Cet aplanissement posthume de l'œuvre lamartinienne au profit de sa seule poésie lyrique a notamment pour conséquence de masquer l’importance de son œuvre en prose. Or, Lamartine est quantitativement bien davantage un prosateur qu’un poète et son œuvre en prose, principalement rédigée à partir de 1848, est d’une extraordinaire variété. Ce qui rassemble ces masses d’écrits, par-delà leur grande diversité, c’est selon nous l’intention pédagogique et le souci de s’adresser au peuple, de l’élever et de contribuer ainsi au progrès démocratique et religieux, par-delà l’échec politique de 1848. Notre travail a pour but d’étudier en profondeur ce corpus afin d’en montrer la richesse, l’originalité en son temps, et l’unité. Une première partie est consacrée à une synthèse à la fois chronologique et thématique de cette œuvre pédagogique, en mettant en évidence la manière dont s’est construit ce souci d’élever moralement le peuple, sa théorisation et son incarnation sous une pluralité de formes littéraires. Il s’agit également d’étudier la représentation du populaire dont témoigne cette œuvre, ce qu’elle dit du rapport des écrivains romantiques à leur rôle et la manière dont Lamartine articule en permanence lyrisme, récit de soi, et souci pédagogique. Nous remettons également la pédagogie lamartinienne dans le contexte plus large du « temps des prophètes » qu’est ce premier XIXe siècle en étudiant les liens de Lamartine avec les utopies socialistes, les catholiques sociaux ou encore d’autres grands écrivains de la génération de 1848 ayant constitué le souci d’éducation populaire comme l’une des grandes orientations de leur œuvre (Sand, Hugo, Michelet…). Cette réflexion sur la singularité de la posture pédagogique lamartinienne nous conduit enfin à interroger la réception de son œuvre et la construction de la figure du Lamartine que nous connaissons par le biais du corpus scolaire. Comment le pédagogue et le prophète est-il lui-même devenu un objet de pédagogie ? Il s’agit de saisir non seulement l’évolution de la postérité du corpus lamartinien mais également la manière dont un auteur aussi varié et prolifique s’est vu progressivement réduit à son seul rôle de poète lyrique.