Centre de Recherche sur le Poétiques du XIXe siècle

Doctorat

Docteurs

  • Université: Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
  • Titre de la Thèse: Splendeurs et misères de l’anthropomorphisme. « Rhétorique profonde » des représentations de l’animal (1830-1880)

Elisabeth Plas

Sous la direction de Paolo Tortonese 

Résumé :

L’anthropomorphisme est un processus complexe, polymorphe et transhistorique. Volontaire ou involontaire, contrainte linguistique ou construction textuelle, il est à la fois ce procédé littéraire récurrent, caractéristique de certaines des formes les plus anciennes de la littérature occidentale, et cet obstacle linguistique et psychologique apparemment inévitable dès lors qu’il s’agit de représenter ce qui n’est pas humain. Etudier l’anthropomorphisme de l’animal invite donc à se situer du côté de la production comme de la réception des textes et requiert de travailler sur un corpus varié, sans limitations génériques ou disciplinaires. L’étudier entre 1830 et 1880, c’est le saisir à moment paradoxal où toutes les bases épistémologiques, esthétiques et idéologiques de sa disparition sont en place (sur le temps long, de la première à la deuxième « blessure narcissique », en passant par le rationalisme des Lumières ; comme sur le temps court, du positivisme à l’esthétique réaliste), et où, pourtant, il perdure, et même, sous certaines plumes, se réinvente. Les œuvres de Balzac, Michelet, Lautréamont et Flaubert peuvent ainsi être relues comme autant de réponses à une double crise (de la représentation analogique et de la coexistence entre les différents discours de savoir) et concentrent dès lors un triple enjeu : mimétique (comment décrire et représenter l’animal ?), épistémologique (peut-on connaître ce qui n’est pas soi et quelle place la littérature peut-elle occuper dans cette entreprise de connaissance ?) et stylistique (dans quelle mesure est-on maître de sa langue ?).

De Balzac à Flaubert, alors que ce que Foucault a identifié comme la seconde « crise épistémique » s’accuse, le regard jeté sur l’anthropomorphisme -sans qu’il soit ainsi nommé- se fait de plus en plus sceptique. L’humour et le triomphe de la métaphore laissent place à l’ironie et à la mélancolie. Cette évolution - certes indéniable, mais résultant peut-être d’une illusion rétrospective - sera aussi l’occasion de se demander, à partir d’exemples concrets, comment s’articulent histoire des idées et poétiques d’auteurs, en essayant de démêler ce qui relève des invariants de la langue, de « l’air du temps », de la langue particulière d’une époque, ou des styles singuliers de chacun.  

Publications

 « Intertextualité et histoire naturelle : étude génétique du chapitre « Fécondité » de La Mer de Michelet », Génésis, n°34, 2012.

« Empathie et anthropomorphisme dans le cycle naturaliste de Michelet » dans Romanesques,hors série 2014, dirigé par Alain Schaffner.