Centre de Recherche sur le Poétiques du XIXe siècle

Doctorat

Docteurs

    Assia Kettani

    Après avoir obtenu sa maîtrise et son DEA à l’Université Paris 4, sous la direction de Jean-Yves Tadié, Assia Kettani a poursuivi ses études doctorales à l’université de Paris 3. Elle a été chargée de cours à l'Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines.

    Thèse de doctorat soutenue à l’université de la Sorbonne nouvelle, le 8 janvier 2010, sous la direction d’Alain Pagès.

    Titre : « De l’Histoire à la fiction : les écrivains français et l’affaire Dreyfus »

    Membres du jury : Alain Pagès (université Paris 3-Sorbonne nouvelle) ; Alain Schaffner (université Paris 3-Sorbonne nouvelle) ; Annick Bouillaguet (université de Marne-la-Vallée) ; Jean-Yves Mollier (université Versailles – St Quentin en Yvlines).

    Résumé de la thèse :


    Bien qu’ayant fait l’objet de plusieurs études, le sujet des écrivains devant l’affaire Dreyfus a été souvent abordé de manière dispersée, sous forme de juxtaposition de monographies, mais n’avait jamais fait l’objet d’une synthèse de grande ampleur. Afin de proposer une vision à la fois synthétique et analytique de cette question, ce travail aborde l’engagement des écrivains dans une perspective à la fois chronologique et collective, et croise les parcours et les textes pour établir une relation entre tous les écrivains qui ont imaginé une fiction de l’affaire Dreyfus, avant de se pencher sur ce que cette relation implique en matière de transposition. La réflexion s’articule ainsi autour de deux grandes questions : celle de l’engagement des écrivains et celle de la transposition dans la fiction de l’événement historique.

    L’étude est découpée de manière chronologique. La première partie se penche sur la genèse du conflit : en puisant dans les événements majeurs qui ont façonné le paysage politique avant l’affaire Dreyfus et qui en ont favorisé l’émergence, l’étude éclaire l’évolution des discours politiques des écrivains qui se sont engagés en première ligne, notamment Emile Zola, Octave Mirbeau, Anatole France et Charles Péguy. L’affrontement qui a surgi en 1897-1898 n’a pas surgi du néant, mais est issu des combats idéologiques qui ont marqué l’apparition du mouvement naturaliste, à partir de 1877. L’étude se penche donc sur les oppositions idéologiques que l’affaire Dreyfus a révélées et exacerbées, autour du problème de l’antisémitisme, notamment, mais aussi toute la dimension humaine qui a accompagné des événements vécus comme une étonnante aventure collective.

    La deuxième partie de l’étude cible le cœur de la bataille autour de l’affaire Dreyfus, soit de la fin de l’année 1897 jusque 1899. En se concentrant sur la question de l’engagement, il s’agit de confronter les regards et les textes pour éclairer la manière dont les écrivains ont participé à l’affaire, en s’appuyant sur les différents témoignages, expériences et réactions face aux événements historiques et sur une variété de sources, notamment les  correspondances, mémoires, articles de combat ou nouvelles. L’étude porte sur les dreyfusards les plus célèbres, qui se sont engagés de manière nette (Zola, Mirbeau, France, Proust ou Péguy), mais s’intéresse aussi à la situation des écrivains dont les sentiments ont été partagés et qui ont du mal à surmonter les contradictions qui se présentaient devant eux, à l’exemple d’André Gide et de Romain Rolland.

    Innovant par son ampleur, la mobilisation des écrivains pendant l’affaire Dreyfus a renouvelé les formes de la contestation : par la lutte collective et l’identité d’un groupe menant le combat de manière solidaire derrière l’étiquette « intellectuelle », cette période a été marquée par l’émergence d’un nouveau rapport à l’engagement. Mais si l’affaire Dreyfus a fait éclater la figure traditionnelle de l’écrivain engagé, désormais écartelée entre la posture de l’intellectuel et du militant exalté, elle a également bouleversé le monde littéraire dans sa dimension sociale. En se penchant sur l’analyse d’un monde littéraire à la lumière de l’affaire Dreyfus, l’étude s’intéresse ainsi également aux ruptures et aux nouvelles affinités littéraires. En effet, face à des écrivains convaincus et mobilisés jusqu’à l’intransigeance, le débat politique passionné vint redistribuer les cartes des affinités et des amitiés et remodeler les réseaux de publication et de diffusion. 

    La dernière partie se penche enfin sur la question de l’écriture de l’Affaire : les écrivains ont esquissé une vision commune de cette Affaire à travers des textes qui se suivent, s’influencent et se répondent, consacrant ses héros et ses symboles. En étudiant les pamphlets et discours écrits au cœur de la bataille, l’étude souligne les échos et les influences entre les textes pour dégager les grands traits d’une stylistique du discours dreyfusard.

    Les deux derniers chapitres sont consacrés à l’analyse d’un corpus d’œuvres qui s’inspirent ou qui évoquent l’Affaire, interrogeant les modes de représentation de l’événement historique dans la fiction. Partageant au moment de l’Affaire une représentation mythique commune des événements et des personnages, les écrivains dreyfusards ont en effet donné à l’événement historique une postérité littéraire et une interprétation, prolongeant par le biais de la littérature le geste de l’engagement : il s’agit d’un fait historique, politique, vu, décrit et transcrit par les écrivains, soumis à des représentations différentes.

    En se basant sur une classification des formes de la transposition, il s’agit de repérer les thèmes qui s’imposent dans l’écriture et de relire les œuvres de Zola, Mirbeau, France, Proust, Péguy, Romain Rolland et Roger Martin du Gard à la lumière du thème commun de l’affaire Dreyfus. Le corpus choisi permettra ainsi de se pencher sur la double relation qui s’est instaurée entre l’affaire Dreyfus et la littérature après les événements historiques qui ont inspiré ces œuvres. En vouant une attention particulière aux différents réseaux d’intertextualité qui se sont tissés entre les écrits, l’étude se penche sur les choix opérés par la fiction dans la mémoire des événements, sur la mise en forme de la réalité historique et sur la vision proposée de l’Histoire. Le travail dépasse dans un dernier temps le cadre de la transposition de l’Affaire elle-même pour se pencher sur la réflexion à la fois plus profonde et plus personnelle aux auteurs, abordant les discours et les représentations des phénomènes sociaux et idéologiques qui ont sous-tendu le débat de l’affaire Dreyfus, notamment l’antisémitisme et l’engagement de l’écrivain. À la fin de l’étude, on pourra ainsi isoler à la fois les constantes, les variations et l’évolution de la représentation de l’affaire Dreyfus dans la fiction et envisager le rôle narratif joué par cet événement historique dans la littérature.

    Publications

    Travaux :


    « Antisémitisme et fiction : le tournant de l’affaire Dreyfus », communication donnée au colloque « Les figures de la victime dans un cadre de génocide : entre réalité et fiction, entre représentations et mises en œuvre » Cataline Sagarra (dir.), Université de Montréal, 10-14 mai 2010, 78econgrès de l’ACFAS.


     Comptes rendus publiés dansLes Cahiers naturalistes :

    • Anatole France et l’antisémitisme, Pascal Vandier, Edition des 2 Encres, 2003, inLes Cahiers naturalistes, n°84, 2010.

    • Ils liront dans mon âme, Etienne Barilier, Editions Zoé, Genève, 2008, inLes Cahiers naturalistes, n°83, 2009. 

    • L’Affaire Dreyfus, Nouveaux regards, nouveaux problèmes, sous la direction de Michel Drouin, André Hélard, Philippe Oriol et Gérard Provost, PUR, 2007, inLes Cahiers naturalistes, n°82, 2008.