Centre de Recherche sur le Poétiques du XIXe siècle

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Séminaire Poésie et pensée

Ce séminaire annuel est organisé sous la responsabilité d'Adrien Cavallaro (CELLF, Paris-Sorbonne), Henri Scepi (CRP19, Sorbonne Nouvelle) et Andrea Schellino (CELLF, Paris-Sorbonne).

Contrairement à ce qu'une idée reçue voudrait affirmer, la poésie n'est ni étrangère ni hostile à la pensée, ainsi que pourraient l'attester de nombreux exemples empruntés à la tradition présocratique ; elle ne se confond pas non plus avec elle, en une espèce d'union primitive naturelle, tant il est vrai que l'écriture poétique, originellement affiliée aux arts de la fiction et aux artifices de la rhétorique, ne répond qu'assez peu aux rigueurs de la démonstration et aux impératifs de la logique.

Le romantisme - allemand et français - a tenté un dépassement des antagonismes binaires au fondement de la vieille querelle platonicienne (logos / muthos) ; il a ambitionné de forger une synthèse dynamique et proposé d'élever la poésie au rang d'une philosophie générale de la vie, confiant aux genres poétiques et au langage qui les irrigue le soin d’exposer et d’élucider les étapes d’une odyssée de la pensée, les moments constitutifs d’une aventure de l’esprit mêlé à l’ordre sensible de la nature. Naît ainsi une poésie pensive, méditative ou contemplative, qui s’attache tout autant à l’approche de la vérité, à l’exploration des formes du cosmos, qu’à l’inspection des figures secrètes de la pensée. 

À l’heure où se développent et se distinguent des discursivités spécifiques, positives ou savantes – s’étendant des disciplines historiques à l’essor d’une psychologie nouvelle – le XIXe siècle invite à réévaluer les relations qu’entretiennent poésie et pensée sur fond de grandes mutations paradigmatiques. Existe-t-il une pensée résolument poétique, c’est-à-dire une façon propre au poème de penser poétiquement le monde et d’inviter à la pensée en dehors des voies balisées par les formations analytiques et conceptuelles ? Quelles sont les propriétés formelles, et quels modes divers, de figuration, d’énonciation et plus largement de communication, d’un langage tout entier habité par un principe de substitution (métaphore) dont Aristote affirmait qu’il est une manière de pensée ?

Ces quelques questions préliminaires permettent de dresser un cadre de réflexion au centre duquel pourraient être problématisées – resituées et historicisées – deux catégories fondatrices dont les rapports de rivalité, de contamination ou de réciprocité décident à l’ère de la modernité des pratiques poétiques et de leurs visées pragmatiques et programmatiques. De Victor Hugo, qui dès 1822, rappelle que la poésie réside dans « les idées elles-mêmes », à Mallarmé qui affirme que le vers « philosophiquement rémunère le défaut des langues », se dessine une trajectoire dialectique qui emporte avec elle, du XIXe au XXe siècle, des articulations nodales telles que, entre autres, « poésie et philosophie », « imagination et raison », « expérience et vérité ». 

Programme


Jeudi 6 juin 2019 - Séance d'ouverture
Christian Doumet (Paris-Sorbonne)
Comment pense la poésie ?


La séance se déroulera en salle Max Milner (17 rue de la Sorbonne 75005) à partir de 14h.

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Comment pense la poésie ?