Centre de Recherche sur le Poétiques du XIXe siècle

Événements

14h30 salle Claude Simon, Maison de la Recherche, 4, rue des Irlandais Paris
13
décembre 2019

soutenance thèse Jeffrey Burkholder

Poétique de la nature : romantisme et négativité de Rousseau à Proust


Le concept de nature s’est toujours avéré exceptionnellement retors à toute définition stable et exhaustive. D’un mouvement ambigu, il semble osciller sans cesse entre le descriptif et le prescriptif. L’homme y recourt pour décrire sa vision de lui-même et du monde autour de lui, alors qu’en même temps il fait de la nature le critère du normatif, du réel et du vrai. La conceptualité même de la nature aurait enfin quelque chose de retors et de paradoxal : ce serait un concept qui se veut non conceptuel, une abstraction qui se présente comme le pur donné sensible. Partant de ce contexte, ma thèse trouve chez Rousseau une conception paradigmatiquement «â€¯moderne » de la nature. C’est une nature empreinte d’une négativité paradoxale. Si l’idée de nature intègre en elle une idée de l’humain, elle commence à désigner en même temps tout ce qui est étranger à l’homme : les paysages verdoyants, les contrées sauvages, ou encore ces profondeurs intérieures et ignorées de soi-même que l’on va identifier à l’inconscient. La nature est origine, mais elle est dans la séparation radicale avec ce dont elle est l’origine. Ainsi la « nature » que Rousseau trouve dans les beaux paysages – une nature positive, sensible et descriptible – représente-t-elle à la fois l’origine et le négatif de l’homme moderne. De ce point de vue, la thèse examine la façon dont cette nature paradoxale constitue chez Rousseau l’objet d’un nouvel art descriptif. Dans une seconde partie, elle étudie la façon dont la littérature du XIXe siècle reprend et transforme cette poétique nouvelle. La mission de l’écrivain devient l’imitation de la nature, mais non au sens classique de la mimèsis, car la littérature ne fait pas que refléter la nature : elle imite en quelque sorte sa mode ontique, sa manière d’unir l’indéterminé et le déterminé, le sensible et le conceptuel, les valeurs et les faits. Examinant cette parenté complexe entre littérature et nature au XIXe siècle, il s’agit de tracer la voie qui mène de Rousseau au « genre descriptif » de Senancour et qui trouve un aboutissement inattendu dans l’œuvre de Proust.