Centre de Recherche sur le Poétiques du XIXe siècle

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  • Titre de la Th├Ęse: Poésie et synesthésies dans l’œuvre de Charles Baudelaire : entre figuration poétique et savoir

Florelle Isal

Thèse sous la direction de Henri Scepi

 

   La présente étude se propose d’éclairer la signification des « Correspondances » baudelairiennes par le biais d’une réflexion sur l’écriture synesthésique du poète.

   Théorie devenue passe-partout qui permet de simplifier une vision du monde et de caractériser certaines périodes comme la fin d’une période dite romantique et l’avènement du symbolisme, il est intéressant de se pencher plus précisément sur le geste créateur du poète sur sa manière de faire communiquer les sens d’un point de vue essentiellement rhétorique et stylistique mais aussi artistique, philosophique, scientifique et historique. 
Il s’agit de dépasser les clichés faisant de Baudelaire le grand « théoricien du système des Correspondances » afin de tenter de cerner la subtilité de son écriture en permanente tension entre sciences et poésie. En quoi la pratique de ce processus synesthésique conduit le poète à créer une poétique de totalité qui mettrait en rapport fantasmes et savoirs?

       Un poème synesthésique aboutirait à la synthèse des arts, à l'idée d'une fusion rêvée entre le sujet, le langage et le monde. Ainsi faudra-t-il se poser la question de la conciliation entre un discours rationnel et le processus imaginé et imaginaire au sein de l'écriture baudelairienne. 
Après avoir dressé un bilan actuel des critiques sur la notion de « correspondances synesthésiques » chez Baudelaire, il s’agira d’étudier l'historicité même de la notion de "correspondances", son inscription dans l'histoire des idées (tant poétiques que philosophiques et politiques) et par retracer la généalogie des discursivités abritées par la notion en question, en montrant ainsi les inflexions et les prolongements jusqu'au romantisme. Puis nous porterons notre regard sur la notion de « synesthésie» en tentant d’établir les différents tropes mis à son service par Baudelaire. Un point de vue rhétorique portera alors essentiellement sur la forme et sur la composition du poème synesthésique baudelairien grâce aux ressources stylistiques. Enfin, il s’agira de s’interroger sur la symbolique de la synesthésie et sur sa portée métapoétique au sein de l’écriture baudelairienne. Ce point de vue interprétatif permettra de mener une réflexion plus générale sur le langage poétique et sur les rapports entre poésie et sciences.

       Dès lors que l’on considère les synesthésies non comme un procédé, c'est-à-dire un artifice pur et simple, mais un mode de connaissance, cette valeur doit être pensée en relation avec les savoirs au XIXe siècle, et par conséquent les sciences en tant que modes de formalisation des savoirs. Car la problématique du tout, de la totalité n'est pas étrangère au projet de la science moderne, si tant en est que son ambition est bien d'offrir sinon une explication du moins une description de la totalité de la nature. 
Pour clore ce panorama transdisciplinaire, nous nous intéresserons à la communication entre le poète et ses lecteurs. La synesthésie permettra alors de réfléchir sur « une manière d’être au monde » à la fois subjective, propre au poète et universelle car touchant le coeur de chaque lecteur. Quels effets sont produits par cette « poésie des sensations et du sentiment » sur le lecteur ?