Auteurs

Séminaire Edgar Quinet


Vendredi 26 novembre 2010.  Paul Viallaneix, professeur émérite à l'Université de Clermont-Ferrand : Conférence inaugurale.
Vendredi 17 décembre 2010.  Sophie Guermès (Cnrs-Item/U. de Strasbourg) : Éléments pour une poétique d'Ahasvérus.
Vendredi 21 janvier 2011.  Bénédicte Elie (U. de Zürich) : Les larmes d'Ahasvérus, vers une redéfinition de l'héroïsme dans l'épopée romantique.
Vendredi 4 mars 2011. Clélia Anfray (Cnrs-Item): Les Jésuites au Collège de France. Réception et censure.

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Poète, historien, philosophe, Edgar Quinet est l'auteur d'une ouvre monumentale, par son volume, sa puissance, mais aussi son retentissement jusqu'au début du XXe siècle. Généralement considéré comme l'un des principaux penseurs de la République, il a aussi été un écrivain fascinant : Ahasvérus marqua profondément Flaubert, qui continua à lire Quinet, comme le montre son exemplaire annoté de La Création. Pour autant, ses livres sont peu à peu tombés dans l'oubli. Pierre Albouy, dans La Création mythologique chez Victor Hugo (Corti, 1963), s'étonnait déjà de l'absence d'une étude d'ensemble de l'ouvre de Quinet et y voyait « la plus scandaleuse lacune de notre histoire littéraire du XIXe siècle ». Deux décennies plus tard, Willy Aeschimann notait dans La Pensée d'Edgar Quinet. Etude sur la formation de ses idées avec essais de jeunesse et documents inédits (Anthropos, Paris-Genève, 1986) : « Les ouvres de Quinet gagneraient à être présentées dans des rééditions annotées. » En 2010, les éditions critiques disponibles en librairie restent très peu nombreuses : il nous a semblé intéressant de commencer à combler cette autre « scandaleuse lacune », en constituant un petit groupe composé de chercheurs littéraires - historiens et philosophes étant invités à nous rejoindre pour collaborer à ces travaux, dans une pluridisciplinarité que la nature même de l'ouvre de Quinet rend nécessaire.
Les aléas de la vie de Quinet, en particulier ses dix-neuf ans d'exil en Belgique et en Suisse, de 1851 à 1870, sont la cause de la perte d'un certain nombre de manuscrits. Il reste malgré tout aux chercheurs quelques ensembles à peu près complets, surtout pour ce qui concerne la partie plus spécifiquement littéraire de l'ouvre, c'est-à-dire les épopées. Les premiers travaux génétiques pour l'établissement des éditions critiques porteront donc sur le cycle épique. Les ouvrages sur la religion, qui resta son principal objet d'étude et de réflexion, et sur la révolution (Le Christianisme et la Révolution française, en 1845, Les Révolutions d'Italie, en 1848, La Révolution religieuse au dix-neuvième siècle, en 1857, La Révolution, en 1865, et Critique de La Révolution, en 1867) représenteront aussi une part importante de nos travaux collectifs.
Les différents cycles (épique, philosophique, religieux, historique) qui composent son ouvre se constituent par retours temporels, thématiques et/ou génériques. Ainsi, Quinet écrivit très tôt Les Tablettes du juif errant (1823) ; il reprit ce mythe dans un des textes les plus singuliers de notre littérature, Ahasvérus (1834). Ecrivant d'abord en prose, puis en vers, et de nouveau en prose, il invita à repenser la notion de genre ; il revint, tout au long de sa vie, à la forme épique, qu'il tenta de réinventer, et à laquelle il accordait le pouvoir de régénérer la société, but dont il poursuivit inlassablement la réalisation : après Ahasvérus, puis Napoléon (1836), il fit paraître Merlin l'enchanteur (1860). Cette épopée moderne évolua parfois vers la poésie dramatique (Prométhée, 1838 ; Les Esclaves, 1853). Il publia aussi des épopées françaises inédites du XIIe siècle (1831), une Histoire de la poésie (1836), et se révéla un important théoricien, comme en témoignent les préfaces de ses épopées.